Apr 012026
 

En adaptant le roman choral de Violaine Bérot, Marie Wyler signe une mise en scène d’une sobriété implacable qui pose, sans jamais l’asséner, la question que nos sociétés rechignent à formuler : qui mérite vraiment le nom de bête ? Dans un entrepôt genevois aux entrailles rouillées, la réponse se construit en cercles concentriques, et elle brûle.


On entre à La Parfumerie comme on entre dans une enquête — sans savoir encore qu’on en est. Le béton apparent, les parois oxydées, les ferrailles que la scénographie n’a pas cherché à dissimuler : l’espace dit d’emblée ce que le texte mettra longtemps à avouer. Ici, quelqu’un va être jugé. Et le jugement ne sera pas juste.

La pièce s’ouvre sur la voix d’une institutrice. Elle raconte. À qui ? Nul ne le sait encore. Cette ambiguïté fondatrice — à qui s’adressent ces témoins ? — est l’une des trouvailles les plus habiles de la mise en scène : pendant de longues minutes, on croit assister à un récit informel, une déposition sans destinataire précis. Puis d’autres voix arrivent — un voisin, un fermier, une pharmacienne — et la réalité judiciaire du dispositif se révèle par strates successives. Ces gens comparaissent. Ils donnent leurs dépositions à deux policiers dont la rigidité et la condescendance trahissent une misogynie ordinaire que le texte n’exhibe jamais frontalement, ce qui la rend d’autant plus cinglante.

Au centre de ce tribunal invisible : l’Ours. Muet. Toujours absent de son propre récit, puisqu’il n’en a pas. Présent partout dans les paroles des autres, insaisissable dans les siennes. C’est le pari le plus risqué de l’adaptation — maintenir au centre du plateau un personnage que le spectateur ne verra jamais directement se défendre — et ce pari est tenu.

La distribution est sans défaut. La diction est exemplaire, la présence vocale emplit l’entrepôt sans effort apparent, et l’expressivité physique de chaque acteur sait se retenir au bon moment. Dans un théâtre choral où chaque témoin n’a que quelques minutes pour exister, la sobriété est la seule virtuosité valable. Ici, elle est au rendez-vous.

Le spectacle n’est pas sans humour — ce qui n’est pas son moindre mérite. Le témoignage du fermier sur son taureau, animal taciturne et malade que l’Ours aurait mystérieusement régénéré en quelque chose d’approchant un don juan bovin, déclenche un rire franc dans la salle. Ce n’est pas un accident : Bérot et Wyler comprennent que le comique est ici une arme critique, une façon de rendre la communauté villageoise à la fois ridicule et humaine, d’éviter le piège du procès à charge trop propre.

Il y a aussi des moments de pur théâtre, ceux qui n’ont pas besoin d’explication. La scène où la petite fille tend la main vers l’Ours par le jeu des ombres portées est de ceux-là : fragile, silencieuse, elle dit en trente secondes ce que deux heures de dialogue ne parviendraient pas à formuler. La douceur qui transite entre la gigantesque silhouette et la minuscule main ouverte est d’une efficacité bouleversante.

Le chœur des fées — voix poétiques qui ponctuent les dépositions comme autant d’interludes venus d’ailleurs — rappelle l’Ariel de Shakespeare dans La Tempête : une présence immatérielle, soustraite aux lois de la communauté humaine, qui perçoit et commente ce que les hommes refusent de voir. La grotte aux fées dans les hauteurs de la montagne contre le village en bas dans la vallée : deux ordres du monde, deux régimes du vrai, deux façons irréductibles d’habiter le réel.

À l’issue de quatre-vingt-dix minutes sans entracte, on ressort avec une question collée à la peau — celle que Violaine Bérot pose dans son titre avec une économie redoutable, et que Marie Wyler amplifie avec une intelligence rare : qui sont, dans cette affaire, les bêtes ? La réponse ne vient pas. Elle ne doit pas venir. C’est la marque d’un théâtre qui respecte son public, et d’une metteuse en scène dont cette adaptation confirme, avec éclat, la pleine maturité artistique.

Comme des bêtes, d’après le roman de Violaine Bérot (Buchet-Chastel, 2021)
Adaptation et mise en scène : Marie Wyler / Cie Minuit en mer
Avec : Marie Probst, Marie Ruchat, Alexandra Tiedemann, David Casada, Christian Robert-Charrue, Frank Semelet
Scénographie : Marie Wyler et Matthias Braun  ·  Lumières : David Kretonic  ·  Son : Rudy Deceliere
La Parfumerie, 7 chemin de la Gravière, Genève  ·  jusqu’au 12 avril 2026  ·  Durée : 1 h 30
Apr 262015
 

in 1959, at the time of the first Sputniks, René Char wrote

L’homme de l’espace dont c’est le jour natal sera un milliard de fois moins lumineux et révélera un milliard de fois moins de choses cachées que l’homme granité, reclus et recouché de Lascaux, au dur membre débourbé de la mort.

Which renders, roughly, as

The spaceman born today will be a billion times fainter and will reveal a billion times less things than Lascaux’s stone-age Neanderthal recluse, whose strength was dredged from death.

Nov 052008
 

Debate about figures of speech in the family at dinner this evening, with the customary arguments about the differences between English and French varieties.

As usual (universally?) Wikipedia is a treasure trove, and I loved this example of paronomasia:

Atheism is a non-prophet institution

it quite made my evening.

May 282007
 

An aspect of J. K. Rowling‘s genius which many seem to have passed by is the number of children who have (re)started reading.

My two sons read on and off during their early years but never so avidly as the Harry Potter series. As of the second volume (the Chamber of Secrets), they squabbled so much that we instated a rule that each child could read only one chapter at a time and then pass the book to his brother.

Getting them reading again was great, but perhaps just as importantly their English vocabulary improved immensely (their mother tongue is French), and for this Rowling gets my most sincere admiration.

Out of curiosity, we all read some of the books in French; the translation is exquisite, Jean-François Ménard‘s turns of phrase are a joy. Our favourite was “Sorting Hat” rendered as “Choipeau”.

Parents and teachers of the world owe a great debt to Rowling.