{"id":1441,"date":"2026-04-01T12:16:21","date_gmt":"2026-04-01T10:16:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/?p=1441"},"modified":"2026-04-01T12:31:06","modified_gmt":"2026-04-01T10:31:06","slug":"la-bete-cest-lautre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/2026\/04\/01\/la-bete-cest-lautre\/","title":{"rendered":"La b\u00eate, c&#8217;est l&#8217;autre"},"content":{"rendered":"\n<style>\n  .lm-wrap { max-width: 680px; margin: 0 auto; padding: 2rem 1rem 3rem; font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif; color: #1a1a1a; background: #fff; }\n  .lm-rubric { font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 11px; font-weight: 700; letter-spacing: 0.14em; text-transform: uppercase; color: #888; margin-bottom: 1.2rem; }\n  .lm-title { font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif; font-size: 2.2rem; font-weight: 700; line-height: 1.15; margin: 0 0 0.8rem; letter-spacing: -0.02em; color: #1a1a1a; }\n  .lm-venue { font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 0.78rem; color: #999; margin-bottom: 1.6rem; }\n  .lm-chapeau { font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif; font-size: 1.05rem; font-weight: 700; line-height: 1.65; border-left: 3px solid #1a1a1a; padding-left: 1rem; margin: 0 0 1.8rem; color: #1a1a1a; }\n  .lm-rule { border: none; border-top: 1px solid #ccc; margin: 1.5rem 0; }\n  .lm-body { font-family: Georgia, 'Times New Roman', serif; font-size: 1rem; line-height: 1.85; color: #222; }\n  .lm-body p { margin: 0 0 1.2rem; }\n  .lm-body em { font-style: italic; }\n  .lm-tech { font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 0.77rem; color: #666; line-height: 1.8; border-top: 1px solid #ccc; padding-top: 1rem; margin-top: 2rem; }\n  .lm-tech strong { color: #1a1a1a; font-weight: 700; }\n  .lm-byline { font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: 0.8rem; font-weight: 700; letter-spacing: 0.08em; text-transform: uppercase; color: #666; margin-top: 1.8rem; text-align: right; }\n<\/style>\n<div class=\"lm-wrap\">\n  <p class=\"lm-chapeau\">En adaptant le roman choral de Violaine B\u00e9rot, Marie Wyler signe une mise en sc\u00e8ne d&#8217;une sobri\u00e9t\u00e9 implacable qui pose, sans jamais l&#8217;ass\u00e9ner, la question que nos soci\u00e9t\u00e9s rechignent \u00e0 formuler&nbsp;: qui m\u00e9rite vraiment le nom de b\u00eate&nbsp;? Dans un entrep\u00f4t genevois aux entrailles rouill\u00e9es, la r\u00e9ponse se construit en cercles concentriques, et elle br\u00fble.<\/p>\n  <hr class=\"lm-rule\"\/>\n  <div class=\"lm-body\">\n    <p>On entre \u00e0 La Parfumerie comme on entre dans une enqu\u00eate \u2014 sans savoir encore qu&#8217;on en est. Le b\u00e9ton apparent, les parois oxyd\u00e9es, les ferrailles que la sc\u00e9nographie n&#8217;a pas cherch\u00e9 \u00e0 dissimuler&nbsp;: l&#8217;espace dit d&#8217;embl\u00e9e ce que le texte mettra longtemps \u00e0 avouer. Ici, quelqu&#8217;un va \u00eatre jug\u00e9. Et le jugement ne sera pas juste.<\/p>\n    <p>La pi\u00e8ce s&#8217;ouvre sur la voix d&#8217;une institutrice. Elle raconte. \u00c0 qui&nbsp;? Nul ne le sait encore. Cette ambigu\u00eft\u00e9 fondatrice \u2014 \u00e0 qui s&#8217;adressent ces t\u00e9moins&nbsp;? \u2014 est l&#8217;une des trouvailles les plus habiles de la mise en sc\u00e8ne&nbsp;: pendant de longues minutes, on croit assister \u00e0 un r\u00e9cit informel, une d\u00e9position sans destinataire pr\u00e9cis. Puis d&#8217;autres voix arrivent \u2014 un voisin, un fermier, une pharmacienne \u2014 et la r\u00e9alit\u00e9 judiciaire du dispositif se r\u00e9v\u00e8le par strates successives. Ces gens comparaissent. Ils donnent leurs d\u00e9positions \u00e0 deux policiers dont la rigidit\u00e9 et la condescendance trahissent une misogynie ordinaire que le texte n&#8217;exhibe jamais frontalement, ce qui la rend d&#8217;autant plus cinglante.<\/p>\n    <p>Au centre de ce tribunal invisible&nbsp;: l&#8217;Ours. Muet. Toujours absent de son propre r\u00e9cit, puisqu&#8217;il n&#8217;en a pas. Pr\u00e9sent partout dans les paroles des autres, insaisissable dans les siennes. C&#8217;est le pari le plus risqu\u00e9 de l&#8217;adaptation \u2014 maintenir au centre du plateau un personnage que le spectateur ne verra jamais directement se d\u00e9fendre \u2014 et ce pari est tenu.<\/p>\n    <p>La distribution est sans d\u00e9faut. La diction est exemplaire, la pr\u00e9sence vocale emplit l&#8217;entrep\u00f4t sans effort apparent, et l&#8217;expressivit\u00e9 physique de chaque acteur sait se retenir au bon moment. Dans un th\u00e9\u00e2tre choral o\u00f9 chaque t\u00e9moin n&#8217;a que quelques minutes pour exister, la sobri\u00e9t\u00e9 est la seule virtuosit\u00e9 valable. Ici, elle est au rendez-vous.<\/p>\n    <p>Le spectacle n&#8217;est pas sans humour \u2014 ce qui n&#8217;est pas son moindre m\u00e9rite. Le t\u00e9moignage du fermier sur son taureau, animal taciturne et malade que l&#8217;Ours aurait myst\u00e9rieusement r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en quelque chose d&#8217;approchant un don juan bovin, d\u00e9clenche un rire franc dans la salle. Ce n&#8217;est pas un accident&nbsp;: B\u00e9rot et Wyler comprennent que le comique est ici une arme critique, une fa\u00e7on de rendre la communaut\u00e9 villageoise \u00e0 la fois ridicule et humaine, d&#8217;\u00e9viter le pi\u00e8ge du proc\u00e8s \u00e0 charge trop propre.<\/p>\n    <p>Il y a aussi des moments de pur th\u00e9\u00e2tre, ceux qui n&#8217;ont pas besoin d&#8217;explication. La sc\u00e8ne o\u00f9 la petite fille tend la main vers l&#8217;Ours par le jeu des ombres port\u00e9es est de ceux-l\u00e0&nbsp;: fragile, silencieuse, elle dit en trente secondes ce que deux heures de dialogue ne parviendraient pas \u00e0 formuler. La douceur qui transite entre la gigantesque silhouette et la minuscule main ouverte est d&#8217;une efficacit\u00e9 bouleversante.<\/p>\n    <p>Le ch\u0153ur des f\u00e9es \u2014 voix po\u00e9tiques qui ponctuent les d\u00e9positions comme autant d&#8217;interludes venus d&#8217;ailleurs \u2014 rappelle l&#8217;Ariel de Shakespeare dans <em>La Temp\u00eate<\/em>&nbsp;: une pr\u00e9sence immat\u00e9rielle, soustraite aux lois de la communaut\u00e9 humaine, qui per\u00e7oit et commente ce que les hommes refusent de voir. La grotte aux f\u00e9es dans les hauteurs de la montagne contre le village en bas dans la vall\u00e9e&nbsp;: deux ordres du monde, deux r\u00e9gimes du vrai, deux fa\u00e7ons irr\u00e9ductibles d&#8217;habiter le r\u00e9el.<\/p>\n    <p>\u00c0 l&#8217;issue de quatre-vingt-dix minutes sans entracte, on ressort avec une question coll\u00e9e \u00e0 la peau \u2014 celle que Violaine B\u00e9rot pose dans son titre avec une \u00e9conomie redoutable, et que Marie Wyler amplifie avec une intelligence rare&nbsp;: qui sont, dans cette affaire, les b\u00eates&nbsp;? La r\u00e9ponse ne vient pas. Elle ne doit pas venir. C&#8217;est la marque d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre qui respecte son public, et d&#8217;une metteuse en sc\u00e8ne dont cette adaptation confirme, avec \u00e9clat, la pleine maturit\u00e9 artistique.<\/p>\n  <\/div>\n  <div class=\"lm-tech\">\n    <strong>Comme des b\u00eates<\/strong>, d&#8217;apr\u00e8s le roman de Violaine B\u00e9rot (Buchet-Chastel, 2021)<br \/>\n    <strong>Adaptation et mise en sc\u00e8ne&nbsp;:<\/strong> Marie Wyler \/ Cie Minuit en mer<br \/>\n    <strong>Avec&nbsp;:<\/strong> Marie Probst, Marie Ruchat, Alexandra Tiedemann, David Casada, Christian Robert-Charrue, Frank Semelet<br \/>\n    <strong>Sc\u00e9nographie&nbsp;:<\/strong> Marie Wyler et Matthias Braun &nbsp;\u00b7&nbsp; <strong>Lumi\u00e8res&nbsp;:<\/strong> David Kretonic &nbsp;\u00b7&nbsp; <strong>Son&nbsp;:<\/strong> Rudy Deceliere<br \/>\n    <strong>La Parfumerie<\/strong>, 7 chemin de la Gravi\u00e8re, Gen\u00e8ve &nbsp;\u00b7&nbsp; jusqu&#8217;au 12 avril 2026 &nbsp;\u00b7&nbsp; <strong>Dur\u00e9e&nbsp;: 1 h 30<\/strong>\n  <\/div>\n  <div class=\"lm-byline\">Maurice Calvert<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En adaptant le roman choral de Violaine B\u00e9rot, Marie Wyler signe une mise en sc\u00e8ne d&#8217;une sobri\u00e9t\u00e9 implacable qui pose, sans jamais l&#8217;ass\u00e9ner, la question que nos soci\u00e9t\u00e9s rechignent \u00e0 formuler&nbsp;: qui m\u00e9rite vraiment le nom de b\u00eate&nbsp;? Dans un <a href='https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/2026\/04\/01\/la-bete-cest-lautre\/' class='excerpt-more'>[&#8230;]<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,10],"tags":[],"class_list":["post-1441","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-literature","category-society","category-7-id","category-10-id","post-seq-1","post-parity-odd","meta-position-corners","fix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1441","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1441"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1441\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1443,"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1441\/revisions\/1443"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1441"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1441"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.calvert.ch\/maurice\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1441"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}